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Propos recueillis par Christine Florence
"Telle est ma quête" (Revue Prier février 2008)
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Prier : Votre quête de Dieu et votre passion d'aller à la rencontre de l'autre sont très liées. Où cela s'enracine-t-il ?

Stan Rougier : Etant le cinquième enfant d'une famille qui en comptait six, l'ouverture à l'autre n'était pas facultative. J'ai eu aussi la chance de baigner dans le scoutisme dès l'âge de huit ans. Cela m'a donné une culture de la rencontre et une exigence dans la qualité des relations à autrui. La devise des louveteaux, «faire plaisir chaque jour à quelqu'un», fut une bonne boussole. Dans les paysages extraordinaires des volcans d'Auvergne – ma famille habitait à Clermont-Ferrand – nous parcourions à pieds chaque week-end jusqu'à 40 kms. A cette école de la joie de l'amitié et de l'entraide, j'apprenais aussi le courage, la ténacité, la créativité. Au sein de ce mouvement, les chefs et cheftaines nous transmettaient des inspirations spirituelles fortes. C'était fabuleux. Comment ne pas rêver de cette enfance-là ! Nous étions riches d'un apprentissage des responsabilités et de la découverte d'un Dieu de risque, de liberté et d'enthousiasme, à mille lieues du Dieu teigneux et culpabilisant qu'on m'enseignait à l'école catholique. Plus décisive encore a été ma rencontre, de deux jeunes prêtres d'une stature exceptionnelle (V.Bogros et P.Maillard). Ils m'ont révélé Jésus-Christ dans son visage de tendresse, d'amour et d'engagement pour l'homme. Ma quête spirituelle s'est approfondie à la lecture de Saint Exupéry. J'avais emporté son livre, Citadelle, au Burkina Faso où je me trouvais pendant les deux années de mon service militaire. Une énorme «brique», que j'ai lue et relue. L'écrivain y parlait de Dieu à chaque page.

Un peu plus tard, une grande passion réciproque pour une jeune fille appelée Sarah vous a rapproché aussi, singulièrement, de Dieu...

Sarah en effet portait en elle de grandes aspirations spirituelles. Notre amour m'a ouvert à une expérience mystique assez extraordinaire. Ensemble, nous étions parvenus, à un niveau de dialogue et de compréhension extrêmement élevé. Nous nous trouvions dans une anticipation du paradis : dans la joie vécue comme un absolu. Sans elle, je ne serais peutêtre pas devenu prêtre. En effet, la théologie me paraissait desséchante. Sarah, elle, m'a rapproché de Dieu en me faisant découvrir et vivre sur un registre plus intérieur. J'ai longtemps hésité entre le mariage et la prêtrise. J'ai suivi un cheminement un peu chaotique. En 1960, ce qui m'a fait pencher vers le sacerdoce a été de pouvoir donner le «sacrement du pardon». Je percevais que l'amour manquait cruellement en ce monde. J'avais un grand désir de permettre aux hommes de se réconcilier avec eux-mêmes, avec les autres, avec Dieu. Evidemment, la rupture avec
Sarah a été cruelle, presque inhumaine... Cela m'a poussé à vivre d'autant plus à fond mon engagement. Il avait fait couler trop de larmes !

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