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La Croix 20 janvier 2007
"Saint-Exupéry, le tourmenté de Dieu"
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La Croix

A l'occasion des soixante ans du Petit Prince, on ne compte plus les hors-séries bourrés d'articles sur le célèbre écrivain pilote. Mais il ne m'a pas semblé que l'on ait su reconnaître son tourment majeur, sa quête insatiable de Dieu. Jamais je ne serai assez reconnaissant envers un prêtre de m'avoir offert Citadelle avant qu'à 20 ans je parte en Afrique.Ce livre fut alors ma lecture quotidienne. A peine ouvert, une phrase en a jailli:  « Apparais-moi, Seigneur, car tout est dur lorsque l'on perd le goût de Dieu .»

Saint-Exupéry était un homme que tout le monde admirait et je lui découvrais une impressionnante nostalgie de Dieu. Je me trouvais alors en terre d'islam. Les Afriquains me parlaient de Dieu dans les mêmes termes que Saint-Exupéry: comme fondement de toutes choses, garant des vraies valeurs, clé de voûte de l'Univers, arbitre entre les hommes. Dieu comme source de tout respect et de tout amour.  « Celui-là qui aime tous les hommes à travers Dieu aime infiniment plus chacun des hommes que celui qui n'en aime qu'un seul et étend à son complice le champ misérable de sa personne. » (Cidatelle)

On discutera encore longtemps entre agnostiques qui ne prennent pas au sérieux le vocabulaire religieux de Citadelle et chrétiens qui souligent la difficulté de Saint-Exupéry à croire en la divinité de Jésus. Son message n'en a pas moins un contenu christique;c'est la « religion du sauvetage ». Ainsi dans Pilote de guerre:  « Ma civilisation héritière de Dieu a fait les hommes égaux, frères....Elle a fait de la charité don à l'homme.....Elle a fait chacun responsable de tous les hommes.... ». N'est-ce pas là une part très précieuse des Evangiles, à savoir que l'exigence d'amour pour le prochain est indissociable de l'amour de Dieu pour l'homme? « Je t'enseignerai l'amour par l'exercice de la prière », écrit Saint-Exupéry. Il ajoute: « Nous avons perdu l'héritage. Nous avons ainsi perdu l'homme. » Il en est désespéré. Il avait compris que le plus grand malheur de notre époque est d'avoir évacué la dimension spirituelle, « le noeud divin qui noue les choses ».

En ce qui me concerne, je me contente de témoigner combien la lecture de cette oeuvre, à un tournant de ma vie, a réveillé ma quête de Dieu. Je n'ai jamais rien lu sur la notion de sacrifice qui soit aussi convaincant que son discours aux jeunes Américains en 1941: « Votre fraternité, vous ne la trouvez qu'en plus vaste que vous.....On n'est pas frères tout court. Les hommes ont soif de se trouver un lien...L'orgueil de la civilisation chrétienne, dont nous sommes issus, et que tous, croyants et incroyants, nous faisons nôtre, est de chercher ce lien dans l'universel. » Dans Courrier sud, Saint-Exupéry fait dire au prêtre, exprimant le Christ qui s'adresse au Père, au sujet des hommes: « J'ai cru en eux, c'est pourquoi j'ai donné ma vie, car je les aime. »

L'amorce de mon désir d'être prêtre se trouve dans une phrase de Citadelle: « A la tête de ma cité j'installerai des prêtres et des poètes: ils feront s'épanouir le coeur des hommes. »