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Apprivoiser la mort
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Le temps présent, si laborieux, si tourmenté, si blessant ou si décevant soit-il, est immense parce qu'il est chargé d'un avenir prodigieux. Comme une graine de séquoia est lourde du trésor qu'elle porte, le quotidien est en train d'accoucher de ce qui deviendra bientôt notre vrai visage.

Le temps terrestre est un temps d'exil, mais il est orienté vers la vraie patrie, comme le long voyage d'un millier de juifs polonais en 1942 vers la terre d'Israël.

Le temps terrestre est le temps du défi, de l'effort, de la militance, du combat. C'est le temps de l'ombre, de l'à-peu-près, du provisoire. Mais ce temps de la terre est orienté vers une apothéose définitive dans le Royaume de Dieu; C'est le temps où règnent la bêtise, la souillure, la laideur. Mais le «prince de ce monde» n'en a plus pour longtemps. La venue du Fils de l'homme a scellé sa défaite.

Le temps présent est celui de l'affrontement et de la fatigue, de la désillusion, et du chagrin. Mais ce temps de la terre est celui où l'amour peut naître, s'enraciner, grandir.

L'amour terrestre est maladroit, égoïste, injuste, guetté par l'ennui, par les malentendus, par l'oubli. L'amour terrestre peut se transformer soudain en procès. L'amour terrestre est mis en péril par l'indifférence, le tout à l'ego, la jalousie, la possessivité, la domination. Mais cette gestation prépare la plus sublime naissance.

«Que je suis heureuse de mourir», écrit la petite Thérèse à un ami prêtre. «Je ne meurs pas, j'entre dans la vie, et tout ce que je ne puis vous dire ici-bas avec le langage fatigant de la terre, je vous le ferai comprendre du haut des cieux.»

Thérèse d'Avila à l'instant de sa mort murmurait : «Seigneur, enfin je vais Te voir.»

*

Agnostique à vingt ans et voyant la mort faire ses fréquentes visites dans l'hôpital où je travaillais, je ne me résignais pas à la disparition des malades.
Un philosophe célèbre écrivait à l'époque : «Lorsque j'ai envie d'aimer quelqu'un je l'imagine mort et cela me passe !» Cette dérision me faisait frémir.

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