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Interview de Bertrand Révillon
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Je suis entré au séminaire parce que l'Eglise n'offrait alors aucune autre possibilité que le sacerdoce à ceux qui se découvraient le désir de faire connaître et aimer Jésus-Christ. Nous étions en 1952, avant le Concile, et la seule manière de s'engager dans l'Eglise, c'était de devenir prêtre. J'ai donc finalement accepté de franchir la porte du séminaire non pas avec la certitude que je serais effectivement prêtre un jour mais parce que c'était le seul cadre qui m'était offert à l'époque pour découvrir ce que je voulais faire de ma vie.

En fait, vous franchissez les portes de plusieurs séminaires

Oui, car comme je n'étais pas du tout sûr de ma vocation sacerdotale, j'ai éprouvé le besoin d'essayer plusieurs styles de séminaires: Issy-les-Moulineaux, la Mission de France, le noviciat dominicain et enfin le séminaire du diocèse de Versailles où je serai finalement ordonné. Il m'a fallu toutes ces tentatives ( et la patience de plusieurs directeurs spirituels!) pour éclaircir un peu ma vocation. C'est à la Mission de France que, sans aucun doute, j'ai le plus approché l'idée que les laïcs pouvaient , eux aussi, répondre à un appel de l'Eglise. Nous lisions avec passion "Jalons pour une théologie du laïcat" du père Congar ( un grand théologien dont les écrits pèseront beaucoup dans l'orientation du Concile quelques années plus tard), et nous pressentions qu'une ouverture vers d'autres types d'engagements dans l'Eglise était théoriquement possible. Mais théoriquement seulement. Les laïcs mariés, pères de famille, engagés dans l'Eglise ne couraient pas les rues! Même chez les esprits les plus ouverts de l'époque, mariage et apostolat apparaissaient comme totalement incompatibles. En fait, ce que je voulais devenir n'existait pas encore.

Vous rêviez d'un autre "ministère" que celui de prêtre?

Un jeune qui veut, aujourd'hui, servir Dieu et l'Eglise dispose de quantité de voies qui s'offrent à lui. Il peut devenir prêtre mais il peut aussi s'insérer comme laïc marié dans l'Eglise  en tant que catéchiste, aumônier, permanent de mouvement, il peut rejoindre une communauté nouvelle, militer au Secours Catholique ou au Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement.......Grâce à Dieu, les possibilités ne manquent pas. A l'époque de mes trente ans, ce n'était pas le cas. Il fallait faire un choix radical entre s'engager dans le monde ou entrer dans l'Eglise. Je crois que si j'avais à choisir aujourd'hui ma vocation, je me poserais sérieusement la question du diaconat permanent, ce ministère ouvert aux hommes mariés relancé par le Concile Vatican II. Dans mon diocèse d'Evry, ils sont aujourd'hui une véritable cohorte. Et je suis adminratif devant ces hommes, le plus souvent pères de famille, qui réussissent à combiner, souvent avec bonheur, témoignage dans le monde du travail et service de la communauté chrétienne. Ce ministère n'impose pas le célibat aux hommes qui veulent servir l'Eglise. Il a un très grand avenir et portera beaucoup de fruits.

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