Devant tant de jeunes qui se donnent la mort, devant tant de jeunes qui fuient la vie par la drogue, qui s'enfoncent dans des comportement de déprime ou de violence, Laissons-nous interroger ...Où est le fond du problème ?
Je voudrais faire appel à votre propre jeunesse. Elle n'est jamais très loin. Notre jeunesse a été un temps très riche et, notamment, dans ce domaine de la recherche du sens. Pour moi, cette recherche a été longue et difficile.
Dans un court métrage qui date de 1969, Maurice Clavel montrait une fontaine qui coule, et le flot était clair, direct. Puis le film montrait une main qui vient comprimer le bec de la fontaine et, à ce moment-là, des éclaboussures jaillissent. Le commentaire disait: Voici notre âme lorsqu'elle peut s'exprimer librement: elle est claire, limpide. Voici ce qu'on en fait depuis deux siècles ; et notre âme, empêchée, se met à exploser de manière anarchique et violente. Cela explique le malaise des jeunes. Si la révolte, dit-il dans ce film, c'était pour exister ? Si nos enfants n'avaient mal que de la poussée de leur âme ou de Dieu même, qui sait ? Ennui, désespoir, drogue, suicide. vous aurez beau jeu d'appeler dévoyé ce que vous avez dévié et de le réprimer et de l'aggraver ainsi et de le réprimer encore, alors que c'était là le début du salut. " (Le soulèvement de la vie - M. Clavel).
Lorsque j'étais jeune, je cherchais le sens de ma vie, un peu comme un aveugle qui se dirige vers le feu avec ses paumes. Je me sentais comme un être créé qui n'a pas sa raison d'être en lui-même, et qui doit chercher hors de lui la clé de son propre mystère. Mais il y avait un malentendu entre le Dieu dont on me parlait et mon cœur. Je ne parvenais pas à entrer en relation avec ce que les philosophes nommaient" la cause première", et que je trouvais bien abstrait. Je ne pouvais pas croire en un Dieu, Père Noël des grandes personnes. Par Sa Toute-Puissance, Il pourrait arrêter le malheur et. en réalité, - et nous le savions encore mieux depuis Auschwitz - Dieu n'arrêtait pas le malheur. Je ne voulais pas croire en un Dieu teigneux. dénicheur de coupables, obsédé sexuel, punissant les moindres balbutiements du désir. Je ne pouvais pas croire en un Dieu qui nous avait donné l'intelligence et la raison pour nous interdire, ensuite, de nous en servir et qui nous faisait remplacer les travaux d'irrigation par la prière des rogations. Je ne voulais pas croire en un Dieu narcissique et mégalomane qui aurait créé l'homme pour Se faire adorer. Je n'en finirais pas de vous décrire tous les malentendus qu'il y avait entre cet "Etre Suprême" et le jeune que j'étais.
Saint Alexis, dit-on, quitta le domicile familial et il revint, incognito, trente ans plus tard. On l'accueillit comme un vagabond quelconque.