Sur l'initiative d'un professeur de français, un rabbin, un imam et un prêtre devaient parler aux jeunes de sa foi pendant une demi-heure. Le lendemain ce professeur m'a téléphoné pour me dire:"je n'étais pas présente à la rencontre, je ne sais pas ce que vous leur avez raconté mais ils ont été bouleversés". Cela a été relativement simple. Nous n'avons peut-être pas dit des choses d'une grande profondeur spirituelle, mais nous nous sommes mis à leur diapason. Par exemple, à la fin de mon intervention, j'ai dit: " j'aimerais vous chanter un chant israélien". Marc-Alain Ouaknin, qui représentait la tradition juive a ajouté:"Nous pourrions même le danser". Et nous avons chanté et dansé tous les trois pendant que les jeunes frappaient en rythme dans leurs mains. On leur a dit à longueur de temps que les religions sont un facteur de division, alors voir tout à coup un imam, un rabbin et un prêtre catholique, amis, chanter et danser ensemble, leur faisait un effet considérable. Ces jeunes qui, au début de la rencontre n'avaient qu'une envie, rigoler et faire la foire, se sont révélés très disponibles.
Des expériences comme celle-ci, j'en ai vécu beaucoup, et même dans les lycées catholiques , on ne trouve pas que des croyants, loin de là! Ce qui se passe dans ces rencontres est toujours très intéressant. En ouverture de la rencontre, je donne un témoignage de mon expérience spirituelle et je distribue ensuite des papiers pour les questions. Il y a chaque fois en moyenne huit jeunes sur dix qui en posent. Ces questions sont toujours très pertinentes. La plupart des jeunes s'interrogent sur le sens de la vie. Mais si c'est moi qui leur pose la question:"Quel est, pour toi, le sens de la vie?", la réponse est toujours époustouflante de vide:"Je ne sais pas? Qui pourrait le le dire? J'ai posé cette question mais on ne m'a jamais répondu....." Ils ont soif d'une réponse. Nous avons actuellement une laïcité de méfiance. Si on parle judaïsme, les jeunes entendent conflit israélo-palestinien, si on parle d'hindouisme, les jeunes entendent secte, si on parle christianisme, les jeunes entendent répression sexuelle. Ces idées toutes faites nuisent à une attention, à une disponibilité et écoute réelles. Ils sont sur la défensive.
Qu'est-ce qui vous a vous-même construit quand vous aviez leur âge?
J'ai la conviction que ce qui arrive dans une vie entre trente et quarante ans, quarante et cinquante, etc..dépend de ce que nous avons été entre quinze et vingt-cinq ans, cette période de la vie où nous nous sommes choisis. Je n'ai pas l'impression d'avoir beaucoup appris , scolairement parlant, qui aurait pu m'orienter vers un grand amour de l'existence. Je trouvais ce qu'on m'enseignait incroyablement rasoir, à part deux enclaves: la géographie ,où, malgré un façon bien peu humaine de l'enseigner, il y avait une petite ouverture vers le voyage, et la littérature, totalement centrée telle qu'elle m'apparaissait, sur le discours amoureux, avec Chimène, Phèdre, Andromaque, et surtout les Romantiques.