Il y a quelques mois un chauffard me fonçait dessus. Nos vitesses additionnées atteignaient cent cinquante kilomètres heure. Il suffit de très peu pour mourir, mais quand ce n’est pas l’heure, ce n’est pas l’heure. Aujourd’hui les médias évitent de parler de la mort. Et pourtant ils ne peuvent pas l’éviter : sida, famine, accidents, mort des stars… Nous sommes cernés. Mais chacun oublie qu’il est mortel ! Face à cette réalité les grands penseurs n’ont strictement rien à nous proposer. Ils disent même que l’on a inventé la religion pour tenter d’échapper à l’inéluctable.
Le savant Hubert Reeves aux propos si chaleureux lorsqu’il nous parle des étoiles croit nous consoler en disant :“Les individus iront se fondre dans le grand Tout comme les fleuves dans la mer.” Cela me fait penser à mes soldats de plomb. Je les fondais pour en faire d’autres. Vous êtes fondus. Vous étiez le maillon faible, quittez la scène.
Avant que j’accueille l’Evangile, à l’hôpital où je travaillais, la mort venait faire sa visite quotidienne. J’essayais de me résigner. On s’habitue à tout. Mais quand même, ces corps si beaux et si jeunes à la morgue, j’avais du mal !
J’ouvre l’Evangile : “Je vais vous préparer une place… Je viendrai vous prendre avec Moi afin que là où Je suis vous soyez vous aussi” (Jean 14,2).
Oui, je sais, vous allez me dire “C’est trop beau pour être vrai !”. Comme si la vérité était obligatoirement triste !
Ne croyez pas que je calomnie le temps présent sur notre bonne vieille planète. Ici bas (pourquoi bas ?) c’est quand même magnifique avec frère soleil, sœur lune, sœur l’eau et autres merveilles. C’est même carrément somptueux ! Mais le plus beau c’est tout de même les visages aimés ! Et de savoir que Dieu les prendra avec Lui et avec nous, quelle cadeau inespéré !
Ce que nous avons vécu ensemble avec un sentiment d’inachevé nous pourrons encore le vivre. Et cette fois ce sera dans la plénitude. J’entends Dieu me dire : “Tu n’as encore rien vu !”
Ce serait très indigne de la part d’un Créateur de nous donner deux vies : l’intra utérine et celle qu’on nomme aérienne, puis soudain “stop ! C’est terminé ! C’était pour rire !”
Est-ce si difficile de croire que la première préparait la seconde et que la seconde en prépare une troisième ?
Chaque jour durant neuf mois dans le ventre maternel nous avons construit un équipement remarquable de poumons pour respirer, de cerveau pour comprendre, de cœur pour se mouvoir. Il a fallu quitter cet univers trop étroit. Cela déjà pouvait se nommer “mourir”. Mais c’était pour “naître”. Mourir-naître ; voilà les deux versants d’un même événement.