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Dans un cahier, un journal de mes dix neuf ans j'écrivais  : "Je voudrais comprendre ce sentiment que l'on nomme l'amour. D'où vient-il ? Où nous mène-t-il ? Quelle est sa vraie nature ?"

            Soixante ans plus tard je peux dire que je n'ai jamais cessé de contempler les nombreuses facettes de ce diamant. Les confidences reçues racontent à n'en jamais finir les émerveillements et les tourments de l'amour. Y-a-t-il autre chose  sur cette terre ?

            La première étape de notre vie est fondée sur l'amour de notre mère. Elle a dépensé son énergie pour nous faire exister. C'était de l'amour à l'état pur. Durant nos premières années, nous avons reçu beaucoup de nos parents et de notre entourage. Nous découvrons assez tôt à quel point  l'affection, la tendresse, l'amitié transfigurent notre quotidien.

Les années de scolarité nous ont offert un vaste terrain d'ouverture aux autres. C'était encore de l'amour.     
            En ce qui me concerne durant mes études ce que je retenais le mieux c'étaient les textes qui évoquaient l'amour . En classe de troisième un professeur nous lisait des pages de Madame Bovary. Une phrase évoquant le sentiment amoureux s'est gravé dans le disque dur de ma mémoire. "Et il y scintillait comme dans une steppe de Russie un feu que des voyageurs disparus ont laissé sur la neige". L'amour est un feu qui empêche de mourir de froid. Mais il est menacé. Il est fragile.

Pendant un an je fus élève infirmier dans un hôpital de l'Afrique de l'Ouest. L'amour envers les malades et les blessés était un amour différent de celui des poètes. Mais j'étais chaque jour plus passionné par ce combat contre la souffrance. Ces soirées que je passais au chevet des malades à les écouter ou à leur lire des poèmes de Senghor ou d'Aimé Césaire, n'était-ce pas de l'amour ?
            Prendre la main d'un malade jusqu'à ce qu'il dorme ; c'était un voyage initiatique durant lequel l'amour n'était pas facultatif."L'homme est un être pour la mort" disait Sartre.  Malraux lui répondait : "L'homme est un être contre la mort".
            Un jour devant des souffrances extrêmes un homme cria vers le Ciel  :"Que fais Tu Toi là-haut ?" Il entendit répondre : "Je t'ai fait toi".

Dès mon retour en France, je retrouvais une occupation qui m'avait déjà mobilisé : Etre éducateur dans un centre de délinquants.
Ces jeunes étaient des blessés de l'amour. A la place d'un minimum vital de chaleur humaine, ils avaient connu le rejet et l'humiliation. Ils s'étaient vengés de n'avoir pas été accueillis.

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